Du côté des médias sociaux

Twitter a 7 ans, est maintenant breveté et autorise désormais les retours à la ligne, faisant le bonheur des poètes en herbe. Son rôle politique et social augmente également : il est de plus en plus utilisé comme un outil de gestion de crise, qu’elles soient humanitaires ou politiques, et comme par exemple l’attaque terroriste de Mumbai en juillet 2011. La difficulté première est alors d’identifier les bonnes sources d’information, qui ne sont généralement pas des gens particulièrement influents ou suivis. Il faut également trier, dans le flux des informations non pertinentes ou inexactes, les tweets vraiment utiles pour le suivi d’une crise spécifique.

Ceci posé, Twitter peut devenir un outil formidable. Dans le monde des médias, Twitter est de plus en plus un outil indispensable au journalisme, qu’il transforme en « journalisme ambiant ». Pour les socio-linguistes, Twitter est un corpus quasi-infini d’analyse statistique, qui permet d’étudier empiriquement comment la culture, l’appartenance sociale, etc., influe sur notre façon de nous exprimer. Ainsi, une analyse linguistique de plusieurs millions de tweets en anglais a fait apparaître des « tribus » réunies par des sujets communs. On voit également apparaître sur Twitter des phénomènes spécifiques, comme le mouvement diffus du « weird Twitter » dont les membres jouent avec les codes de Twitter, avec la langue, les normes, pour créer quelque chose d’assez unique, sans doute à rapprocher du dadaïsme.

L’analyse de Facebook permet quant à elle de révéler des traits de personnalités aussi variés que l’orientation politique, religieuse, les goûts musicaux… tout ceci à partir des choses que vous dites « aimer » sur Facebook. Au niveau individuel, c’est surtout l’analyse de réseau qui se prête bien à Facebook : si vous voulez visualiser vos amis sous la forme d’un graphe, ce tutoriel vous expliquera comment. Tout ceci n’empêche pas – et encourage peut-être, même – une certaine défiance à l’égard de Facebook : le sociologue Dominique Cardon médite sur cette défiance et invite à pousser la réflexion jusqu’au bout et à explorer l’image que Facebook dessine de notre sociabilité et de notre individualité.

Autre réseau moins médiatisé, Tumblr est unanimement aimé de ceux qui en parlent : cet article raconte comment sa capacité à nous faire incarner facilement des personnalités multiples en fait un support rêvé pour l’adolescence et sa recherche d’avatars. Il construit ainsi une image de soi élastique, variable, qui n’est pas figée par les habitudes du monde physique, et permet ainsi de se construire sans ces contraintes.

Sur le grand réseau mondial

Le grand évènement de ces deux semaines était l’annonce de la fermeture de Google Reader, officialisée sur le blog de Google. Véritable drame pour nombre d’internautes (dont l’auteur de ces lignes…), cela a créé une certaine défiance envers la pérennité des autres produits Google. Nommément, le lancement concomitant de Google Keep (alternative à Evernote) se passe sans doute moins bien qu’il aurait pu, et on retrouve de-ci, de-là, la même critique : « je ne veux pas mettre mes données dans un produit qui fermera peut-être comme Google Reader. »

Et puis après tout, à quoi bon ? Camille Alloing souligne avec une grande justesse que l’e-réputation n’est pas pour tout le monde et développe 10 raisons pour une entreprise de ne pas gérer son e-réputation : absence de temps, de budget, marque sous le radar n’intéressant personne… Ce n’est pas un sujet incontournable et cela peut-être, sans objectif précis, une perte de temps considérable.

Toujours autour de Google, mais sans le nommer spécifiquement, Wired consacre un article aux moteurs de recherche, et plus précisément à nos compétences en la matière. Il rapporte une étude dans laquelle Nielsen montre que les internautes formulent mal leurs recherchent, ne comprennent pas le principe des mots-clés, et ont donc des difficultés à trouver ce qu’ils cherchent : le rapport suggère l’enseignement scolaire de l’utilisation des moteurs de recherche, tant ces outils sont devenus indispensables de nos jours.

Au royaume de la data

L’emballement autour de la big data semble connaître un reflux : je note en ce moment une vague d’articles critiques, montrant  les erreurs qui sont formulées, les exagérations, les problèmes de définitions… Ce n’est pas moins qu’Henri Verdier qui a consacré un article à l’expression tarte à la crème selon laquelle les données seraient le « nouvel or noir » de notre époque. Analysant la métaphore, il montre également que la comparaison est néfaste en plus d’être inexacte, induisant par exemple un réflexe de thésaurisation qui n’a pas de sens, car au contraire du pétrole, les données sont réutilisables à l’infini et ne s’usent pas.

De plus, au contraire du pétrole, les données ne sont pas une matière brute : les données brutes n’existent pas. Parce qu’elles ont été collectées d’une certaine façon, à un certain moment, dans un certain but, elle ne sont pas un substrat brut et inconditionnel du réel. Cette affirmation est l’objet du livre « Raw data » is an oxymoron qu’il faudrait visiblement mettre entre toutes les mains.

Enfin, pour aller dans le sens de ce retour au bon sens, un code de bonne conduite du data scientist a été proposé.

Tout ceci posé, l’analyse de données est un outil formidable, et l’open data trouve progressivement sa place comment outil politique. Pour attirer l’attention sur le sujet, Data Publica a présenté les données de la RATP, qui révèlent le nombre d’accidents par an, la vétusté des installations, mais aussi les lignes les plus longues, les plus rapides, les plus fréquentées… Le tout est de ne pas oublier que les données ne parlent pas d’elles-mêmes et que leur analyse n’est qu’une partie du travail, la suite relevant de la compréhension humaine et de la capacité à raconter une histoire qui sera parlante, instructive, ou même émouvante

Notre visualisation de la semaine présente les recommandations de garde des vins de 1978 à aujourd’hui, par région et par année.

Cliquer sur l'image pour voir la visualisation interactive.
Cliquer sur l’image pour voir la visualisation interactive.