Sur le grand réseau mondial

Si vous êtes comme moi lassés de l’injonction répétitive selon laquelle tout le monde devrait apprendre le code, vous pensez peut-être néanmoins qu’il faudrait enseigner le numérique à l’école, comme une matière à part entière. Ce n’est pas ce que pense Michel Guillou, qui considère que le numérique est quelque chose qui doit traverser et nourrir toutes les matières enseignées à l’école pour faire émerger une réelle culture générale numérique.

Il faudra bien cela pour démêler ce que nous disent les médias sur l’informatique et son industrie : ainsi, on ne sait pas bien s’il faut prendre au sérieux le fog computing, qui désigne la rencontre du cloud computing et de l’Internet des objets, avec l’idée que les données ne sont pas stockées dans le cloud mais de façon « ambiante » dans les objets eux-mêmes.

Pas besoin en tout cas d’une grande érudition pour s’émouvoir du prototype de voiture autonome présenté par Google, qui rejoue la carte de la voiture mignonne plutôt que de proposer une apparence futuriste.

Au royaume de la data

Ce n’est pas une voiture mignonne qui nous fera oublier ce que Google fait de nous. La firme a finalement mis en ligne un formulaire de « droit à l’oubli », cette notion française que les médias anglophones ont renoncé à traduire : en une journée, le formulaire a déjà reçu 12 000 demandes. Et pourtant, il y aurait un plus grand méchant que Google :  le magazine Quartz a révélé une liste de data brokers, des entreprises spécialisées dans l’agrégation et la vente de données personnelles, voire très très personnelles. La liste fait plutôt froid dans le dos. Face à cela, l’open data se développe mais c’est encore assez moribond : au-delà des effets d’annonce, on peine à identifier une communauté soudée autour des enjeux de l’ouverture des données.

Les données ne servent pas qu’à la surveillance : Internet est devenu un formidable terrain de jeu pour les chercheurs en sciences sociales, résolument engagées dans la ruée vers la donnée et la quantification des phénomènes culturels. Les big data étaient le sujet de la dernière journée d’étude de l’ENSAE, qui a discuté des enjeux techniques, épistémologiques, éthiques et commerciaux liés aux big data. Néanmoins l’usage scientifique de l’explosion des données est à faire avec sagacité : un outil comme Google Ngram n’a pas toujours l’air de pouvoir être exploité de façon fiable.

Dans les entreprises, les données font aussi, progressivement, leur révolution. Dans le domaine des ressources humaines, il semblerait que l’impression qu’on a d’un candidat ne soit vraiment pas la chose à suivre : les données « objectives » permettraient de départager bien mieux le meilleur candidat. Mais dans les entreprises aussi, il y a aussi (au moins) un « mais ». Faire du client une donnée n’est pas très satisfaisant humainement, et dans le cadre de la relation client, il faut réussir à faire mieux que cela car une relation, ce n’est pas une série de calculs.

Enfin ne manquez pas notre tribune dans le Journal du Net qui met en lumière 10 idées reçues sur les big data et la façon de les comprendre.

Notre visualisation de la semaine est un projet entre Sciences Po et l’association Regards Citoyens qui met en scène la fabrique de la loi et la façon dont les textes sont adoptés par l’Assemblée nationale et le Sénat.

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